Jeu de Faust

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On n’y vient pas chercher son « Faust », ou ce­lui-ci, ou celui-là ; on ne met pas en scène non plus un débat de conscience, ou la relation d’un mythe aux choses d’aujourd’hui.

Par contre il y a une sorte de territoire « Faust ». Un territoire nomade, qui file entre les lignes du my­the et de ses paysages …

Il y a beaucoup de « Faust » ; et il y a beaucoup de façons de « faire le Faust » – pitre universel, pitre obscur, chapitre des conjurations. Quand s’ouvre le livre des conjurations, il en est de formidables, et de presque imperceptibles -comme celle de rêver un théâtre-pas un théâtre de rêve, mais un rêve de théâtre, un geste de conjuration avec ses préten­tions fatiguées, ses simulacres enchanteurs ou désenchantés, ses naïvetés de bateleur. Un théâtre de foire : son exercice ne s’occupe pas vraiment du « dedans » de ce qu’il montre. C’est que justement, quand pour conjurer on trace un cercle, c’est quand même pour y attirer les forces du dehors, par surprise, et des deux côtés. Mais on peut y at­tendre Godot, y rencontrer un démon, ou encore retourner le cercle contre lui.-même et le lancer en l’air, dans les molécules des choses ; machine abstraite comme disent les savants: « qui surgit quand on ne l’attend pas, au détour d’un endormis­sement, d’un état crépusculaire, d’une hallucina­tion, d’une expérience de physique amusante». Une « chanson de geste » avec paroles et musi­ques mais sans sous-titres.

Et si enfin le théâtre est un peu, comme dans le nomadisme de Faust, une affaire de campement, nous rencontrons d’abord de Faust son imagerie, des imageries. Celles qui commencent dans le théâtre de marionnettes et les tréteaux de fortune, avec les fils du bien et du mal, des forces agissan­tes et des inerties, des voix et des machines. Un pa­quebot ne se manœuvre pas comme une jonque, on embarque dans la jongue …
François Tanguy