Mystère bouffe

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Nous appellerons cela « Mystère bouffe ». Il y a là sans doute le souvenir des mystères médié­vaux et de leur incarnation populaire, déviante, dans la forme grotesque, mais c’est moins l’il­lustration des allégories sacrées que la façon dont le théâtre ménageait alors entre le « sérieux » et le « rire », le « noble » et la « farce », « le haut » et « le bas », une espèce de dialogue du visible et de l’invisible. Le visible n’est pas forcément tout ce qu’on voit de matériel, de descriptible; et l’in­visible n’est pas que le mot qui nomme le sacré. En serait-il autant de la matière des rêves, de la mémoire des images, des choses, des corps ? Entre le présent et l’absent, le lointain et le proche, l’animé et l’inanimé, la parole et le silence … Il arrive que toutes formes se croisent, se métamor­phosent, se détruisent et renaissent.

« Mystère bouffe » nait de la même façon d’une image d’un théâtre de foire. Une forme où les éléments d’expression sont parfois plus déterminants que le sens figuré des évènements repré­sentés ; ils ne sont d’ailleurs évènements que parce que des mouvements, des inerties et des rap­ports en développent l’imagination, et celle-ci, comme les matériaux, est un état de veille et de pauvreté, une façon de faire avec.

Ce théâtre de foire est alors le lieu des assemblages et des dérives obstinées, comme si d’une chaise au mouvement des planètes décrit par Galilée il y avait l’effort d’une errance des images ne fixant aucun but que d’en partager le songe – qui comme chacun sait est cette force sans laquelle le réel ne serait qu’une médiocre copie d’un ordre impossible …
François Tanguy